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À l’aube du 21 mai 1941, la police française agissant pour les autorités allemandes frappe à la porte du 16 rue Caron à Malakoff. André Leygnac est arrêté. Il a 26 ans. Ce jour-là, il rejoint une cohorte de militants raflés dans toute la région parisienne. L’occupant nazi veut briser les réseaux clandestins. La répression est méthodique, implacable. Commence pour André Leygnac un itinéraire d’internement pour finir au camp de Neuengamme. Né le 26 août 1914 à Malakoff, André Leygnac grandit dans un environnement marqué par l’engagement social et politique. Aide-géomètre, il appartient à cette génération de jeunes adultes que la montée des fascismes, la défaite de 1940 et l’Occupation vont précipiter dans l’histoire. Lorsque le Parti communiste français est interdit en 1939, il rejoint les rangs de la clandestinité. À Malakoff, bastion ouvrier, les réseaux communistes se réorganisent rapidement. Tracts, réunions secrètes, propagande anti-occupation : Leygnac participe à ces actions qui, pour l’occupant, relèvent du « terrorisme ». Commence alors un itinéraire d’internement qui illustre la mécanique administrative de la répression où les conditions d’internement se durcissent : Prison de la Santé, prison de Fresnes en été 1941, prison de Poissy fin 1941, le Camp de Voves (Eure-et-Loir) en 1942, haut lieu d’internement des militants communistes et syndicalistes, Compiègne, Frontstalag 122, en 1943 et 1944 antichambre de la déportation . Le 24 mai 1944, André Leygnac est déporté vers le camp de Neuengamme, près de Hambourg (1). Il y reçoit le matricule 30921. Neuengamme est l’un des camps les plus meurtriers du Reich. Les détenus y travaillent dans les briqueteries, les carrières, les kommandos extérieurs. Les journées sont interminables, la nourriture insuffisante, les coups fréquents. Les maladies comme la dysenterie, tuberculose notamment déciment les prisonniers. Les archives ne permettent pas de fixer la date exacte de sa mort. On sait seulement qu’il meurt en déportation, probablement fin 1944 ou début 1945, dans un camp où plus de la moitié des détenus ne survivront pas. À Malakoff, son nom n’a jamais disparu. Il figure a la fois sur le Monument aux morts, dans la liste officielle des Malakoffiots morts en déportation, sur une plaque commémorative apposée au 16 rue Caron, et sur un Stolperstein, ces pavés de mémoire posés devant les lieux d’arrestation. Ces hommages rappellent qu’André Leygnac n’était pas un numéro, mais un jeune homme de 26 ans, un voisin, un militant, un citoyen qui a refusé la résignation. ------------------------ 1) Le camp de concentration de Neuengamme fut l’un des plus importants camps nazis du nord de l’Allemagne. Créé en 1938 près de Hambourg, il a interné plus de 100 000 personnes, dont environ 11 500 Français, et causé la mort d’au moins 42 000 à 55 000 détenus selon les sources |