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L’ETUDE DE CATHERINE FEREY (1993)
Paul Alex Deschmacker : une vie pour l’art figuratif (2)
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A l’occasion de la préparation de l’unique exposition rétrospective des œuvres de l’artiste en 1986, Catherine Ferey alors Conservatrice adjointe du Musée la Piscine à Roubaix procède à un premier inventaire. Cette laborieuse entreprise va par la suite nourrir son mémoire de maîtrise sur Paul Alex Deschmacker en 1993.
Nous empruntons à ce travail universitaire unique (1) des informations peu diffusées sur le travail artistique très divers de Deschmacker et notamment comment il a été choisi pour être le maître d’oeuvre de la peinture murale de la salle de Justice de Paix de Malakoff en 1942.

« Paul Alex Deschmacker est un artiste résolument figuratif. Le parcours de l’artiste des années 1920 à 1973 est timidement jalonné par des étapes de la peinture contemporaine, mais reconnaît Catherine Ferey, Deschmacker à la particularité ne s’être engagé dans aucune grande voie novatrice. Un critique Maximilien Gauthier le dit bien à propos d’une exposition à la Galerie de la Tournelle en 1966 : Deschmacker à fait sa réputation au salon d’Automne et au salon des Tuileries des années 30. Il ne s’est pas laissé aller à suivre le courant de la mode, mais pas davantage à la prendre à rebours.

Le style éclectisme convient bien aussi à Paul Alex Deschmacker. L’artiste s’est nourri de l’enseignement de ses maîtres dont Cormon. Ses humanités l’imprègnent aussi d’une culture classique.

Jean Daniel Mautblanc dans son livre « Tempérements » dévoile les grands guides de l’artiste « Raphaël » aux formes si pleines, devient l’un de ses fanatismes. Poussin qui lui fut un jour révélé pour son souci constant d’équilibre, l’harmonie parfaite de ses formes et de ses compositions qui devinrent pour Deschmacker l’idéal et la loi.

Les Fauves ont marqué le début de sa carrière note Catherine Ferey. Un article paru dans le journal de Roubaix insiste sur l’importance de la couleur :  L’artiste ne fuit pas l’emploi d’aucune couleur, mais il recherche les harmonies et en trouvent d’inattendues réalisées dans une belle pâte pleine et grasse .

Paul Alex Deschmacker garde tout au long de sa vie un vif attrait pour la couleur. Jacques Faneuse dans le catalogue d’une exposition à Châteauroux donne une idée de sa palette les œuvres qu’il compose déroutent par la hardiesse de leurs accords. Des bleus et des rouges assourdis, des tâches intensément vertes constituent des harmonies spectrales .

Paul Alex Deschmacker est un homme de son siècle, reconnaît Catherine Ferey, la naissance de l’ethnologie et une meilleure connaissance de l’art des sociétés d’Afrique et d’Océanie révolutionnent le monde de l’art à partir des années 1910. L’exposition coloniale de 1931 vulgarise l’esthétique des arts autochtones de cette France d’Outre-Mer. Deschmacker reçoit ces influences « exotiques », il exécute des dessins et des gravures qui en sont très fortement imprégnés.

Deschmacker était donc un artiste complet, ses œuvres diverses l’attestent. Son répertoire artistique comprend plusieurs techniques qu’il maîtrisait bien : la gravure tout d’abord, le dessin et l’aquarelle ensuite et enfin la fresque et la peinture au chevalet. Pour chacune d’entre elles on retrouve les paysages, les personnages,les fleurs, les natures mortes, les sujets religieux.

L’oeuvre gravée de Deschmacker est également très diverse. Il utilise toutes les techniques : gravure sur bois, eau-forte, burin, pointe sèche, aquatinte. Ces œuvres gravées sont identiques dans l’esprit à ceux de son œuvre peinte : des paysages, habités ou non, où la présence des arbres est constante. Des personnages seuls ou en groupe, nus ou savamment dévêtus de drapés.

L’oeuvre dessinée tient une place significative dans le parcours de l’artiste en raison de la variété des techniques utilisées, avec une préférence pour le crayon et de la mine de plomb. A noter que Deschmacker fut l’un des membres fondateur du Salon du dessin et de la peinture à l’eau en 1939.

dessine pour préparer son travail de peintre. Il utilise le crayon pour tracer les esquisses. Ses œuvres dessinées sont nombreuses. 120 travaux ont été répertoriés dans l’inventaire de Catherine Ferey.

Deschmacker utilisait aussi le pastel. Mais ce sont les aquarelles qui permettent l’approche du coloriste si souvent loué par la critique ainsi que la découverte d’un technicien aguerri. L’aquarelle semble le plus souvent une étape préparatoire qui ne sont pas moins des œuvres abouties. Deschmacker les exposent et les vend comme telles. Quatre ont été acquises par l’Etat.

Deschmacker s’est aussi fait remarqué dans l’art par la peinture murale. L’inventaire de Catherine Ferey en décrit trois. Une commande privée de trois grands panneaux pour un bar des Champs-Elysées à Paris et deux commandes publiques : une « pêche à la baleine (15m de long) pour l’Exposition Internationale de Paris 1937, et le mur peint de la salle de Justice de Paix à Malakoff. La peinture murale a donné l’occasion à Paul Alex Deschmacker de s’exprimer sur des formats qui dépassent largement le cadre de la peinture au chevalet. En cela, son expérience se confond avec celle de nombreux contemporains comme Fernand Léger ou Yves Brayer .

La commande publique de 1942 à Malakoff

Pour de nombreux artistes la commande publique était souvent indispensable pour survivre. La commande pour la salle de Justice de Paix de Malakoff fut la bienvenue pour Deschmacker. En fait Catherine Ferey à découvert que Deschmacker sollicitait depuis des années une commande publique. En 1938, à l’occasion de l’achat par l’Etat de sa peinture « Paysages avec figures » l’Inspecteur Général des Beaux-Arts et des Musées écrit au Directeur des Beaux-Arts  Monsieur Deschmacker vous avait fait part de son désir de recevoir la commande d’une grande peinture décorative..., la commande de Malakoff en 1941 fut peut-être la réponse à cette sollicitation.

La revue des Beaux-Arts rapporte que cette décoration fort importante a coûté de longs mois de travail à l’artiste . Il a selon ses habitudes réalisé de nombreux croquis préparatoires qui ont été conservés par sa famille. Parmi eux les études de groupe ou les figures féminines seules. Le couple en fait partie. L’homme est débout, la femme assise à ses pieds, elle lui tient les bras. Cette composition est tout à fait traditionnelle, elle convient bien à l’époque comme au lieu. Elle exalte le couple, fondement de la famille si chère au Maréchal Pétain.

En effet, dans la France de Vichy, l’art est chargé de véhiculer la volonté de rénovation, de redressement et d’exaltation des sentiments collectifs comme le dit Laurence Bertrand d’Orléac dans son histoire de l’art, Paris 1940-1944. Et la famille est bien le lieu d’épanouissement des ces sentiments collectifs par excellence. René Borelly dans le numéro 1 d’Atalante en décembre 1941 précise que la pratique monumentale doit avant tout tendre vers le grandiose qui laisse une impression plus durable que le charmant. Elle doit exprimer la noblesse, sérénité, héroïsme alors que joie, tendresse maternelle, amour devront rester à l’échelle humaine c’est à dire la peinture au chevalet.

Les représentations choisies par Deschmacker pour la salle de Justice de Paix sont par conséquent conformes à ce souhait de grandeur, de noblesse comme le montre ses études au crayon pour plusieurs allégories de la peinture murale de Malakoff, intitulées la concorde et la paix.

Si cette peinture est fortement marquée par le régime du moment il serait injuste de se servir de cette unique commande publique obtenu par l’artiste durant cette période pour reconnaître en lui un pétainiste militant. Deschmacker est issu de la petite bourgeoisie catholique du Nord, soucieuse de l’ordre et des valeurs traditionnelles. Il a pu exprimer ses propres convictions à travers l’opportunité de créations de la belle oeuvre de Malakoff obtenue après de nombreuses démarches.

En 1949 Deschmacker réitère une demande de commande publique de peinture murale, ce qui prouve combien cette technique lui était chère. Monsieur Cogniat, Inspecteur principal des Beaux-Arts s’exprime déclarait a cette occasion que l’oeuvre de Deschmacker confirme les caractères qu’elle a depuis des années, c’est à dire une grande sérénité, le goût des compositions calmes avec des nus dans de nobles paysages, une science murale réelle qui amène l’artiste a traiter ses personnages en grandes surfaces. Il est certain que Deschmacker est l’un des artistes les plus qualifiés pour faire ces décorations... »

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1) Extraits choisis dans le mémoire de Catherine Ferey « Deschmacker », Université Charles de Gaule Lille III. Sciences humaines, lettres et arts, 1993 sous le direction de Marcel-André Stalter, professeur Emérite.


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