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A LA UNE

DEVOIR DE TRANSMISSION
Pose de cinq nouveaux pavés de la mémoire des victimes du nazisme
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Pour la seconde fois la ville de Malakoff participe en 2026 au projet international des Stolpersteine en posant 5 nouveaux Stolpersteine, ces pavés de la mémoire créés par l’artiste allemand Gunter Demnig pour rappeler, devant leur dernier domicile libre, les noms des victimes du nazisme. Chaque pavé, incrusté dans le trottoir, porte le nom, l’année de naissance, la date d’arrestation, de déportation et, lorsque connue, la date de décès de la personne à laquelle il rend hommage

Au cours d’une cérémonie jeudi 7 mai 2026 devant l’ancien domicile d’Aloyse Arblade, rue Voltaire, la Maire, Madame Sonia Figuères a rappelé l’importance de préserver la mémoire locale et de transmettre aux jeunes générations l’histoire de celles et ceux qui ont vécu à Malakoff avant d’être arrachés à leur vie quotidienne. Des élèves de CM2 de l’école Fernand Léger qui ont travaillé le sujet dans le cadre d’un parcours d’éducation artistique et culturel ont lu des textes et des témoignages, soulignant la dimension pédagogique de l’événement avec la complicité de la Compagnie Le souffle à l’oreille et accompagné musicalement par des elèves du conservatoire de Malakoff.

Ces pavés, discrets mais puissants, invitent les passants à s’arrêter, lire, se souvenir. Ils rappellent que la Shoah, la déportation de Résistants ne fut pas une abstraction lointaine, mais une tragédie.

À Malakoff, la mémoire de la déportation demeure un pilier du travail de transmission historique. Dans la ville marquée par l’engagement citoyen et la solidarité, les initiatives se multiplient régulièrement pour rappeler le destin de militants, élus, Résistants arrêtés, déportés et, pour beaucoup, assassinés pendant la Seconde Guerre mondiale.

Ces nouveaux pavés rendent hommage à Lucien Gerber, Aloyse Arblade, Simone et Paulette Doiselet, André Leygnac. En 2021 les deux premiers pavés honoraient deux déportés malakoffiots : Louis Girard et Eugène Avaulée.

Aloyse Arblade

Aloyse Arblade, né le 18 août 1901 à Montpellier, incarne l’histoire de ces anonymes devenus malgré eux des symboles de résistance et de courage. Ouvrier, militant, élu local, il fut l’une des figures engagées de la ville avant que la machine répressive de Vichy et de l’occupant nazi ne l’emporte.

Arrivé en région parisienne dans les années 1920, Arblade s’installe à Malakoff, où il exerce comme manœuvre spécialisé aux usines Citroën. Militant communiste et syndicaliste, il s’implique dans la vie municipale et est élu conseiller municipal en 1935 sur la liste de Léon Piginnier. Son engagement politique lui vaut d’être déchu de son mandat en 1940, après l’interdiction du Parti communiste par le gouvernement de Vichy.

Dès l’automne 1940, la répression s’intensifie. Le 26 octobre, Arblade est arrêté par la police française pour « activité communiste » et interné au camp d’Aincourt, premier camp français destiné aux militants de gauche. En février 1942, il est remis aux autorités allemandes et transféré au camp de Compiègne, antichambre des déportations massives.

Le 6 juillet 1942, Aloyse Arblade est déporté à Auschwitz dans le tristement célèbre convoi des “45000”, composé majoritairement de militants communistes considérés comme otages par les nazis. À son arrivée, il reçoit le matricule 45176. Il meurt le 13 janvier 1943, affaibli par les conditions inhumaines du camp. (Implantation 20 rue Augustin Dumont)

Simone Doiselet

Simone Doiselet, née Souillard en 1905 à Paris, mène une existence modeste. Blanchisseuse, mère de quatre enfants, elle s’installe à Malakoff avec son mari. Rien ne la prédestine à devenir une figure de la Résistance. Mais dès 1941, l’Occupation allemande transforme les femmes ordinaires en actrices de l’ombre.

Simone rejoint les réseaux clandestins : l’Union des Femmes Françaises, puis le Front National, mouvement de Résistance intérieure. Elle devient responsable régionale, organise des liaisons, transporte des messages, diffuse des tracts. Une activité dangereuse, mais essentielle.

À ses côtés, sa fille Paulette, encore très jeune, s’engage elle aussi. Leur destin est indissociable.

Le 19 juin 1943, la Gestapo frappe. Simone est arrêtée à Vannes, où elle se trouve pour une mission de liaison. Elle est transférée de prison en prison : Vannes, La Roquette à Paris, la centrale de Rennes, puis le fort de Romainville, antichambre de la déportation pour tant de résistantes.

Le 18 avril 1944, Simone est déportée par le convoi des résistantes vers Ravensbrück, le camp de concentration pour femmes. Elle y arrive le 22 avril. Quelques semaines plus tard, elle est transférée au kommando d’Holleischen (Holýšov), annexe du camp de Flossenbürg, où les détenues travaillent dans des conditions inhumaines pour l’industrie de guerre allemande.

Simone survit. Le kommando est libéré début mai 1945 par des partisans polonais, puis par l’armée américaine. Elle est rapatriée en France via Longuyon. (Implantation 14 rue Hoche)

Paulette Doiselet

Le foyer doiselet était un lieu de passage, de discussions clandestines, de tracts dissimulés sous le linge propre. Dans ce contexte, la jeune Paulette n’est pas une simple spectatrice. Comme beaucoup d’adolescentes de la zone sud parisienne, elle est témoin de l’Occupation, des rafles, des privations. Elle voit sa mère risquer sa vie. Elle comprend vite que résister n’est pas un choix abstrait, mais une nécessité.

Les archives municipales la citent parmi les résistantes malakoffiotes. Cela signifie qu’elle a participé, d’une manière ou d’une autre, aux activités clandestines :Diffusion de tracts, Port de messages entre militantes, Aide logistique dans les réseaux féminins liés à l’UFF, Observation et signalement de mouvements suspects dans le quartier Les jeunes filles étaient souvent utilisées comme agents de liaison, car elles attiraient moins l’attention. Paulette, par son âge, correspond parfaitement à ce profil.

En juin 1943, Paulette est arrêtée elle aussi dans la même rafle que sa mère. À partir de là, son parcours devient flou. Contrairement à Simone, dont la déportation est documentée, Paulette disparaît presque entièrement des registres.Ce silence n’est pas rare. Les adolescentes déportées, surtout lorsqu’elles n’étaient pas envoyées dans les grands camps centraux, ont souvent laissé peu ou pas de traces administratives. son histoire reste celle d’une jeune fille happée par la violence de l’Occupation, dont la mémoire repose aujourd’hui sur quelques lignes dans les registres municipaux.

Les pavés de la rue Hoche révèlent deux noms, deux dates, deux vies. Ils découvrent aussi une histoire plus vaste : celle des femmes résistantes, souvent reléguées au second plan, mais dont l’engagement fut décisif. Leur histoire rappelle que la Résistance n’a pas seulement été l’affaire d’hommes armés dans les maquis. Elle fut aussi celle de femmes, de mères, de filles, de voisines, qui ont choisi de dire non. (Implantation 14 rue Hoche)

Lucien Gerber

Né le 28 juillet 1901 à Malakoff, Lucien Gerber grandit dans une famille ouvrière profondément ancrée dans la vie locale. Employé de commerce, il s’engage très tôt dans le mouvement ouvrier et adhère au Parti communiste français, alors en plein essor dans la banlieue rouge.

En 1935, il est élu conseiller municipal. Travailleur, apprécié, il fait partie de cette génération de militants qui veulent transformer la ville par l’action sociale et la solidarité.

L’arrivée au pouvoir du régime de Vichy bouleverse sa vie. Comme tous les élus communistes, il est déchu de son mandat. Rapidement, il est arrêté, puis interné administrativement, sans jugement, en raison de son engagement politique. La mécanique répressive se met en place : surveillé, déplacé de camp en camp, il finit par être livré aux autorités allemandes.

Le 23 janvier 1943, Lucien Gerber est déporté au camp de Sachsenhausen-Oranienburg, au nord de Berlin. Ce camp, l’un des plus anciens du système concentrationnaire nazi, est réputé pour sa brutalité. Les prisonniers y subissent travail forcé, privations, violences quotidiennes. On ne sait pas tout de son quotidien là-bas. Mais on sait qu’il y survit deux ans. Deux ans de froid, de faim, de coups, de travail exténuant. Deux ans où la dignité humaine est mise à l’épreuve chaque jour.

Lucien Gerber y survit deux ans. Il meurt en février 1945, quelques semaines avant la libération du camp.

Lucien Gerber n’était ni chef de réseau ni figure nationale de la Résistance. Il était un homme simple, un élu local, un militant convaincu. C’est précisément ce qui rend son histoire si importante : elle rappelle que la déportation a frappé des milliers de citoyens ordinaires, dont le seul “crime” était d’avoir défendu une idée, une liberté, une dignité, des engagements.

À Malakoff, son nom n’a jamais disparu. Dès 1946, une rue est baptisée rue Lucien-Gerber, partagée avec son frère Édouard, mort en Espagne républicaine. Deux frères, deux combats, deux sacrifices. Le 7 mai 2026, un Stolperstein, un pavé de mémoire est posé au 22 rue Voltaire, son dernier domicile. (Implantation 22 rue Voltaire)

André Leygnac

Né le 26 août 1914 à Malakoff, André Leygnac grandit dans cette ville ouvrière marquée par l’engagement social et politique. Aide-géomètre, il appartient à cette génération de jeunes adultes que la montée des fascismes, la défaite de 1940 et l’Occupation vont précipiter dans l’histoire.

Lorsque le Parti communiste français est interdit en 1939, il rejoint les rangs de la clandestinité. À Malakoff, bastion ouvrier, les réseaux communistes se réorganisent rapidement. Tracts, réunions secrètes, propagande anti-occupation : Leygnac participe à ces actions qui, pour l’occupant, relèvent du « terrorisme ».

À l’aube du 21 mai 1941, la police française agissant pour les autorités allemandes frappe à la porte du 16 rue Caron. André Leygnac est arrêté. Il a 26 ans.Ce jour-là, il rejoint une cohorte de militants raflés dans toute la région parisienne. L’occupant nazi veut briser les réseaux clandestins. La répression est méthodique, implacable.

Commence alors un itinéraire d’internement qui illustre la mécanique administrative de la répression où les conditions d’internement se durcissent : Prison de la Santé, prison de Fresnes en été 1941, prison de Poissy fin 1941, le Camp de Voves (Eure-et-Loir) en 1942, haut lieu d’internement des militants communistes et syndicalistes, Compiègne, Frontstalag 122, en 1943 et 1944 antichambre de la déportation .

Le 24 mai 1944, André Leygnac est déporté vers le camp de Neuengamme, près de Hambourg. Il y reçoit le matricule 30921. Neuengamme est l’un des camps les plus meurtriers du Reich. Les détenus y travaillent dans les briqueteries, les carrières, les kommandos extérieurs. Les journées sont interminables, la nourriture insuffisante, les coups fréquents. Les maladies comme la dysenterie, tuberculose notamment déciment les prisonniers.

Les archives ne permettent pas de fixer la date exacte de sa mort. On sait seulement qu’il meurt en déportation, probablement fin 1944 ou début 1945, dans un camp où plus de la moitié des détenus ne survivront pas.

À Malakoff, son nom n’a jamais disparu. Il figure a la fois sur le Monument aux morts, dans la liste officielle des Malakoffiots morts en déportation, sur une plaque commémorative apposée au 16 rue Caron, et sur un Stolperstein, ces pavés de mémoire posés devant les lieux d’arrestation.

Ces hommages rappellent qu’André Leygnac n’était pas un numéro, mais un jeune homme de 26 ans, un voisin, un militant, un citoyen qui a refusé la résignation. (Implantation 14 rue Caron)




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