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Il y a des noms que l’histoire a failli effacer. Celui de Marcel Vincent Boulanger, ouvrier boulanger et habitant de la rue Raspail à Malakoff, fait partie de ces destins brisés. Déporté politique à Auschwitz en juillet 1942, il n’en est jamais revenu. Il avait 50 ans. Mais pendant des décennies, son histoire est restée dans l’ombre, comme celle de tant de déportés politiques. Les archives, les recherches d’historiens et le travail des associations ont permis de reconstituer son parcours, dont la seule faute fut d’avoir milité. Né le 28 mai 1892 à Nogent sur Seine, Marcel Boulanger grandit dans une famille modeste, au rythme des métiers du père, garçon de moulin, puis charretier. Très jeune, il apprend le métier de boulanger, un travail exigeant mais stable, qui le conduit à Paris au début des années 1910. Il s’y marie deux fois, fonde une famille, et devient père d’une fille, Yvette, née en 1921. Comme tant d’hommes de sa génération, Marcel Boulanger est mobilisé en 1913. La guerre le mène loin. Marcel est envoyé en Armée d’Orient, loin des tranchées de Verdun mais au cœur d’un autre enfer. Il sert ensuite dans l’infanterie. Démobilisé en 1919, il reprend son métier de boulanger, s’installe à Malakoff et s’engage dans les milieux syndicaux et communistes. Le 5 octobre 1940, quelques mois après l’instauration du régime de Vichy, la police française frappe à sa porte. Comme des centaines de militants communistes, Marcel Boulanger est arrêté non pour un crime, mais pour ses idées. Commence alors un long parcours d’internement administratif : Aincourt, premier camp français ouvert pour les communistes (octobre 1940), Fontevraud, prison centrale (décembre 1940), Clairvaux (janvier 1941), Rouillé, centre de séjour surveillé (septembre 1941), Compiègne, antichambre des déportations (mai 1942) À aucun moment il n’est jugé. À aucun moment il n’a la possibilité de se défendre. Il passe de lieux en lieux où l’on enferme des hommes non pour ce qu’ils ont fait, mais pour ce qu’ils pensent. Le 6 juillet 1942, Marcel Boulanger est embarqué dans un wagon à bestiaux qui restera tristement célèbre : le convoi des « 45000 », composé pour la plupart de militants communistes livrés par Vichy aux nazis. Deux jours plus tard, il arrive à Auschwitz, où il reçoit le matricule 45285. Il ne survivra que six semaines. Les registres d’Auschwitz indiquent sa mort le 20 août 1942. Marcel Boulanger n’était pas un héros au sens traditionnel. Il n’a pas mené d’opérations clandestines, il n’a pas écrit de manifeste, il n’a pas défié l’occupant les armes à la main. Il était un homme ordinaire. Et c’est précisément pour cela que son histoire est essentielle parce qu’elle montre comment un régime totalitaire peut décider qu’un homme n’a plus sa place dans la société. |