2015 : RENOVATION-EXTENSION - L’architecture comme outil de transformation du lycée Louis Girard (5)
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L’histoire architecturale de Malakoff est souvent associée aux grands équipements publics, aux logements sociaux des années 1930. Derrière nombre de ces réalisations se trouve une personnalité encore trop méconnue : Armand Guérard (1881-1950), architecte communal, urbaniste, technicien municipal et acteur engagé dans les politiques sanitaires, il fut l’un des principaux bâtisseurs de la ville moderne. Son parcours témoigne d’une conception de l’architecture où la construction n’est jamais dissociée des questions de santé publique, de logement et d’amélioration des conditions de vie des populations ouvrières. L’originalité d’Armand Guérard réside dans la cohérence de son parcours. Architecte de formation, fonctionnaire municipal, spécialiste des questions sanitaires, promoteur du logement populaire et acteur de la lutte antituberculeuse, il appartient à cette génération de techniciens qui voient dans l’urbanisme un moyen de progrès social. A Malakoff son œuvre ne se limite pas à des bâtiments. Elle participe d’un projet plus large visant à améliorer les conditions d’existence des habitants grâce à une ville mieux organisée, plus saine et plus solidaire. À ce titre, Armand Guérard apparaît aujourd’hui comme l’un des principaux artisans de la construction du Malakoff moderne, aux côtés des élus qui ont accompagné la transformation de la commune durant l’entre-deux-guerres. Né à Paris le 1er octobre 1881 et décédé à Malakoff le 27 avril 1950, Armand Guérard appartient à cette génération d’architectes qui ont accompagné la modernisation des banlieues parisiennes. Ancien élève de l’École des Beaux-Arts, il ne semble cependant pas avoir obtenu le diplôme d’architecte qui consacrait officiellement la formation dispensée par l’institution. Cette circonstance ne l’empêcha nullement d’exercer une carrière importante et de développer une solide réputation professionnelle. Sa formation académique lui donna le goût des compositions monumentales et de la rigueur constructive que l’on retrouve dans l’ensemble de ses réalisations.
Avant même d’exercer pleinement les fonctions d’architecte communal, Armand Guérard s’intéresse aux questions sanitaires. En 1913, il participe déjà à la Commission d’hygiène de Malakoff, dans un contexte où les municipalités de banlieue sont confrontées à la croissance rapide de la population, à l’habitat insalubre et aux risques d’épidémies. Cette implication est loin d’être anecdotique. À cette époque, les architectes les plus novateurs considèrent que la ville doit être pensée comme un organisme dont la santé dépend de la qualité du logement, de la circulation de l’air, de l’assainissement et des équipements collectifs. En 1919, au sortir de la Première Guerre mondiale, Armand Guérard participe aux programmes de reconstruction des départements de l’Aisne et de la Marne, parmi les régions les plus durement touchées par les combats. Cette expérience constitue une étape importante de sa carrière. Les architectes engagés dans la reconstruction découvrent alors des problématiques nouvelles :reconstruire rapidement des villages détruits, loger les populations sinistrées, mettre en œuvre des principes modernes d’urbanisme, intégrer les préoccupations sanitaires dans les nouvelles constructions. Cette période nourrit sans doute sa réflexion sur le logement populaire et les équipements collectifs qu’il développera ensuite à Malakoff. En 1925, Armand Guérard devient salarié de la commune de Malakoff et est nommé sous-directeur du Bureau municipal d’hygiène. Ses responsabilités dépassent largement le cadre de l’architecture. Il est notamment chargé du contrôle sanitaire des constructions privées, de la surveillance de l’habitat, de la lutte contre l’insalubrité, de la prévention des lotissements défectueux qui se multiplient alors dans le nord de la commune. L’engagement sanitaire d’Armand Guérard se poursuit durablement. En 1927, il figure parmi les membres fondateurs de l’Association d’hygiène sociale et de préservation antituberculeuse. À cette époque, la tuberculose représente l’une des principales causes de mortalité en France. La lutte contre la maladie mobilise médecins, élus locaux, réformateurs sociaux et architectes. L’amélioration du logement est alors considérée comme un moyen essentiel de combattre le fléau. On cherche à favoriser l’ensoleillement, la ventilation des appartements, les espaces verts, la diminution du surpeuplement, les équipements sanitaires modernes. L’action d’Armand Guérard s’inscrit pleinement dans ce mouvement. Des édifices emblématiques de la ville Parallèlement à ses missions administratives, Armand Guérard devient l’un des principaux architectes de la ville. Parmi ses réalisations figure l’extension de la première mairie, rue Victor-Hugo. Armand Guérard joue également un rôle majeur dans le développement des Habitations à Bon Marché. Le groupe HBM de la rue Hoche, construit au début des années 1930, constitue l’une des premières grandes réalisations de logement social de Malakoff. Avec ses 189 logements, il marque une étape décisive dans la politique municipale du logement. Quelques années plus tard, il conçoit le grand ensemble HBM de la place du 14-Juillet, livré en 1939. Plus ambitieux encore, cet immeuble traduit l’évolution des conceptions du logement populaire vers davantage de confort et de qualité architecturale. Son œuvre à Malakoff comprend également plusieurs édifices aujourd’hui emblématiques :l’ancienne bibliothèque municipale et Justice de Paix, devenue la Tréso, l’ancien bureau de poste place du 14 juillet, le Centre municipal de santé Maurice Ténine, le groupe scolaire Henri Barbusse. En 1935, Armand Guérard participe également à la réalisation des tribunes du stade municipal Lénine. Parmi les réalisations moins connues figure également l’extension du marché couvert en 1932, la surélévation du collège Paul Bert, la salle de patronage paroissial située au 149 avenue Gabriel-Péri. Ces constructions témoignent d’un langage architectural caractéristique des années 1930, associant brique rouge, béton et une esthétique Art déco sobre et monumentale. Parallèlement à ses responsabilités administratives, il poursuit une activité d’architecte privé à Malakoff et hors de Malakoff. Il intervient dans plusieurs communes et développe une expérience diversifiée dans les domaines de l’architecture publique, du logement social et des équipements collectifs. Toutefois, c’est à Malakoff qu’il laisse son empreinte la plus profonde. L’ensemble de son œuvre révèle une remarquable cohérence. Les bâtiments qu’il conçoit répondent à une même vision : bâtir une ville plus saine, plus moderne et plus adaptée aux besoins de ses habitants. Son architecture privilégie la fonctionnalité sans négliger la qualité esthétique. Les façades de brique rouge, les compositions géométriques, les volumes équilibrés et le soin apporté aux détails témoignent d’une culture architecturale solide héritée des Beaux-Arts, mais adaptée aux exigences sociales de son temps. Lorsqu’il disparaît en 1950 à Malakoff, la ville porte déjà profondément l’empreinte de son action. Son neveu et collaborateur, Gaston Levillageois, poursuivra une partie de son activité. Mais l’essentiel est déjà accompli. À travers ses logements sociaux, ses équipements de santé, ses bâtiments administratifs, ses équipements sportifs et son engagement constant en faveur de l’hygiène publique, Armand Guérard a largement participé à la construction du Malakoff moderne. Son parcours illustre parfaitement cette génération de techniciens municipaux pour lesquels architecture, urbanisme, santé publique et progrès social constituaient une seule et même mission. Plus qu’un simple architecte communal, il apparaît aujourd’hui comme l’un des principaux bâtisseurs de l’identité urbaine de Malakoff au XXe siècle. ------------------ Sources : exposition « Bâtir la banlieue, construire Malakoff » de Catherine Bruant, Archives Municipales, bibliothèque de l’architecture
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